En République démocratique du Congo, la Communauté du Chemin Neuf est implantée à Kinshasa et à Menkao. À Kinshasa, elle porte plusieurs missions : une maison communautaire, le foyer Saint-Paul pour étudiants, la paroisse Sainte-Christine et son école. À une soixantaine de kilomètres au nord-est de la capitale, à Menkao, elle anime également le centre spirituel Ubuntu.
À Kinshasa, la fraternité se vit au quotidien avec une grande intensité. Prêtre et responsable de la mission auprès des 18-30 ans, le père Thomas Prévost habite la maison communautaire. Il parle d’une vie fraternelle « puissance dix ». Sa mission se déploie au sein d’une association fondée par la communauté, qui mène des actions sociales auprès des enfants de la rue.
Sur ce même lieu de mission, trois frères et sœurs de la communauté, qui vivent à l’extérieur de la maison communautaire, sont salariés et partagent leur bureau avec lui.

Pour le père Doudou Nduelo, responsable du pays pour la Communauté du Chemin Neuf, les liens fraternels sont un moyen de « sortir de soi-même pour rencontrer l’autre ». La vie fraternelle lui permet « d’aller plus loin dans l’accueil de l’autre, y compris de ce qui m’est plus difficile à supporter. Elle élargit aussi ma manière de considérer mon prochain », reconnaît-il.
Un élan missionnaire nourri par les liens créés
À Kinshasa, les membres de la communauté partagent de nombreux moments de vie. Les invitations fréquentes chez les frères et sœurs vivant à l’extérieur de la maison communautaire nourrissent la fraternité au quotidien. La proximité des différents lieux de la communauté « renforce l’impression que tous les communautaires habitent un même quartier », souligne Doudou. Et, ajoute-t-il, « l’élan missionnaire est nourri par le fait d’être ensemble ».
« Je pense qu’il n’y aurait pas de mission s’il n’y avait pas la fraternité en premier ici à Kinshasa »
Thomas Prevost, prêtre de la communauté du Chemin neuf
Du côté des missions sociales, « je pense qu’il n’y aurait pas de mission s’il n’y avait pas la fraternité en premier à Kinshasa », observe Thomas.
« Ces différentes missions sociales sont nées de la vie de prière et de la vie fraternelle des premiers frères arrivés ici. C’est parce que les frères et sœurs étaient ensemble, priaient et cherchaient la volonté de Dieu que les missions ont commencé à naître. C’est ce que je garde chaque jour en mémoire lorsque je me rends au bureau, et ce qui me motive dans les tâches plus ingrates qu’il me faut assumer », poursuit-il.
Pour Doudou, responsable du pays, la fraternité « est une force et un témoignage pour la mission ».
Depuis plus de vingt ans, ces liens fraternels continuent ainsi de porter la mission. Ils se nourrissent de la prière, des démarches de réconciliation vécues ensemble et des encouragements mutuels.


Face aux nombreuses sollicitations, la vigilance reste de mise. « Elle est d’autant plus nécessaire en raison des missions quotidiennes que nous portons et qui nous conduisent souvent à être à l’extérieur de la maison pendant la journée », explique Thomas.
Souvent en mission le week-end dans le cadre de sa responsabilité auprès des jeunes, il veille néanmoins à préserver des temps de repos et de vie fraternelle. « J’ai choisi d’être présent, autant que possible, au repas du dimanche midi pour retrouver les frères présents dans la maison », affirme-t-il.
La fraternité comme lieu de combat
« La fraternité est un trésor, mais elle est aussi un combat », rappelait le père Bruno Cadoré lors du chapitre de la Communauté du Chemin Neuf en 2023.
Cette réalité se manifeste concrètement dans la vie quotidienne de la communauté. Ainsi, certaines questions liées aux aspects matériels et financiers de la vie commune ne sont pas toujours simples à aborder.

Pour Thomas, originaire de France, la vie fraternelle est à la fois une source de grande joie et un lieu d’apprentissage exigeant. « Malgré mes six années ici, je reste un étranger. Il y a encore beaucoup d’aspects de la culture congolaise que je n’ai pas intégrés. Cela entraîne parfois des incompréhensions, voire des frustrations. Mais l’avantage de notre vie ensemble est que le dialogue reste possible et que, en tant que Français, je n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat.
Il est aussi plus facile pour quelqu’un d’extérieur de remarquer certains travers culturels, mais ce n’est jamais évident de les mettre en face de son frère ou de sa sœur », confie-t-il.
À Kinshasa, un autre défi consiste à « libérer la parole pour que les frères et sœurs osent se parler directement et se réconcilier, plutôt que de parler les uns des autres ». Les membres engagés de la communauté se connaissent depuis longtemps et partagent une histoire commune. Comme dans toute famille, les relations peuvent parfois se tendre. Certaines blessures ou irritations risquent alors de s’installer et de nourrir la rancœur.
Face à ces situations, un accompagnement attentif est souvent nécessaire. « Cela demande parfois de désamorcer certaines tensions afin de rechoisir la fraternité », conclut-il.
Et pour continuer à grandir ensemble dans la confiance et la vérité, la fraternité demeure un chemin précieux qui permet de traverser les difficultés et de garder l’espérance.
Traduit par l’intelligence artificielle